14 octobre 2020

Il y a quelques semaines, il m’a été donné la possibilité de découvrir les archives de l’association. Ces dernières ont été constituées par Choucas et Vincent Petty (2 personnages emblématiques des Amis de la Fache).

De nombreux documents, relatant l’histoire de notre association, ont été entreposés dans une cantine et de nombreux cartons de déménagement. Quelques personnes ont eu le privilège d’y avoir accès. Un grand merci à l’Abbé Mérillon d’avoir ouvert son presbytère pour les stocker, dans une certaine urgence.

En cette date, si particulière, du 14 octobre, dans la multitude de papiers retrouvés, il y a un texte, qui a retenu mon attention : le récit de l’accident, narré par le guide de l’expédition : Vincent Petty.

Je me suis rendue compte qu’à force de raconter le déroulé de cet accident, chacun a pu déformer la réalité, sans s’en rendre compte.Je ne me permettrais, en aucun cas, de modifier la moindre virgule, de ce texte que je vous livre brut.

J’espère que chacun pourra découvrir ou redécouvrir ce que Maïté, son mari, son frère et Vincent Petty, ont vécu entre le sommet et le col de la Grande Fache, en fin d’après-midi le 14 octobre 1941.

« Au retour d’une ascension sur l’arête très enneigée, vers 18h, une jeune femme Mme Maïté Chevalier (du Mans, née Doubliez, originaire de Tarbes) glissa sur une plaque de neige gelée et culbuta vers les à-pics de la face nord de la Grande Fache. Son piolet se brisa. Il ne resta à son poignet que la partie supérieure de celui-ci retenue par une dragonne de fortune (la courroie d’un appareil photo).

Rien ne pouvait plus l’empêcher de s’écraser 800 mètres plus bas car la neige s’était déjà durcie sous l’effet du vent du soir ; le soleil venait de se coucher !

Une invocation à la Vierge jaillit alors et … « on eut dit qu’une main invisible enfonçait jusqu’à la garde le morceau de piolet restant ». Le signataire, qui conduisait le groupe (Mr et Mme Chevalier ainsi que le frère de celle-ci, Mr Jean Doubliez) et qui tailla des marches pour atteindre l’accidentée, peut attester sous serment ce qui suit : 1° Le piolet était enfoncé jusqu’à la garde – 2° Il s’était fiché dans le seul trou de neige encore molle, un trou protégé du vent par un gros rocher – 3° La malheureuse était suspendue dans le vide par le poignet droit – 4° Le signataire avait fortement conseillé à l’intéressée de suppléer à l’absence de dragonne par la courroie d’appareil photo qui la retenait – 5° Après d’infinies précautions, elle fut tirée de là et l’on dût constater qu’hormis une commotion nerveuse très explicable, Mme Chevalier n’avait pas une égratignure !

Sur l’arête, il y a bientôt trois « choqués » et leur compagnon dans une nuit d’encre … La jeune femme pleure et rit tour à tour, elle refuse de prendre les couloirs enneigés. Il faut descendre à toute arête par des passages inconnus des grimpeurs. Aucun incident dans cette longue marche incertaine. Le signataire en tête est comme guidé par une voix intérieure ou un instinct jusqu’alors inconnu. Pas une erreur à signaler : « ca passe » partout !

Arrivés au col nous nous embrassons spontanément et nous remercions Dieu par un « Magnificat » inoubliable. C’est alors que Mr et Mme Chevalier décident d’offrir une statue de Notre Dame en souvenir de cette protection. On reviendra l’installer à la cime l’année suivante. Les rescapés, en attendant feront un pèlerinage à Lourdes… »

Texte de Vincent Petty